Grégory Chambon rejoint l'EHESS avec un projet sur la culture matérielle au Proche-Orient ancien

Grégory Chambon a été élu directeur d’études à l’EHESS par l’assemblée des enseignants en avril 2016 avec un projet de recherche intitulé Savoirs et culture matérielle au Proche-Orient ancien (IIIe-Ier millénaires av. J.-C.).

Après une formation pluridisciplinaire (mathématiques, histoire des sciences et des techniques, assyriologie) à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, à l’EHESS et à l’EPHE, Grégory Chambon a été ATER à la bibliothèque d’Assyriologie du Collège de France et assistant des professeurs à l’Institut für Altorientalistik de la Freie Universität de Berlin. Il obtient son doctorat en 2005 à l’EPHE, section des sciences historiques et philologiques, et son habilitation à diriger des recherches en 2010 à l’Université de Bretagne Occidentale, où il a été maître de conférences en histoire des sciences et techniques de l’antiquité.

Ses recherches portent sur l’histoire des traces matérielles des savoirs antiques, sur la culture matérielle au Proche-Orient ancien (milieux, techniques et artefacts), et sur l’histoire des pratiques de comptes (comptabilités et numératie) et de mesures au Proche-Orient.

Lignes directrices

Les historiens s’intéressant aux « sciences » dans les sociétés proche-orientales antiques ont longtemps eu pour prédilection d’identifier ce que les Anciens savaient par le passé, avec une perception d'Occidentaux ; pour ce type d’étude, la trace du travail intellectuel est décelable essentiellement dans les traités des anciens lettrés – les corpus « de bibliothèque ». Depuis une dizaine d’années, on assiste à un renouvellement des objets de recherche ainsi que des méthodes dans les études portant sur les savoirs et les savoir-faire dans ces sociétés ; il s’agit de s’interroger sur les modalités des raisonnements anciens et sur les dispositifs matériels dans lesquels ils s’inscrivent.

Projet de recherche et d’enseignement

Le projet de recherche et d’enseignement de Grégory Chambon s’inscrit dans ces orientations récentes de recherche. Son approche consiste, d’une part, à questionner des documentations en lien avec le quotidien et laissées habituellement de côté dans les travaux sur les traces du travail intellectuel, comme les documents comptables, les textes juridiques, les instruments de mesures, et les artefacts techniques. Elle nécessite, d’autre part, de convoquer plusieurs disciplines comme l’anthropologie, l’archéologie, l’histoire des techniques, l’histoire du droit et les sciences cognitives pour investir le champ de la culture matérielle des sociétés proche-orientales, lequel ne se réduit pas à l’examen des artefacts matériels, ni à la simple étude philologique des realia dans les textes, mais intègre la relation entre les sujets et les objets, entre les savoirs et la matérialité et donc révèle des usages, des contacts, des continuités, des processus de transmission et d’acculturation sur trois millénaires. Cette démarche consiste, en particulier, à prendre conscience que les Anciens eux-mêmes s’interrogeaient sur les procédés et sur les traces matérielles de leur savoir.

S’appuyant sur l’étude des sources épigraphiques (plusieurs corpus constitués de milliers de tablettes d’argile écrites en cunéiforme), archéologiques et iconographiques, ce projet comporte trois axes de recherche sur le Proche-Orient ancien. Le premier porte sur l’approche en sciences sociales des pratiques de comptabilité et de mesures, au cœur de savoir-faire entre les scribes, les marchands et les administrateurs, qui touche plus particulièrement la question de la naissance de l’Etat. Le second traite de la numératie et de l’écrit, à la fois comme traces et comme vecteurs de savoirs. Le troisième concerne la culture matérielle proche-orientale à travers l’étude des artefacts, de leurs usages, et des milieux concernés.

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