Soutenance de thèse

VIH, stigmatisation et honte aux îles Fidji

Résumé

Cette thèse porte sur la stigmatisation associée au VIH aux îles Fidji, dans le Pacifique Sud. Elle examine les formes prises par la stigmatisation liée à l’infection, l’univers moral dans lequel elle prend forme et les logiques sociales et culturelles dont elle procède dans la société fidjienne. Elle analyse également la façon dont les personnes atteintes du VIH font l’expérience de cette stigmatisation et les stratégies mises en œuvre par celles-ci pour y faire face.  Les analyses présentées dans cette thèse se fondent sur une recherche de terrain de 16 mois réalisée dans la ville de Suva entre 2007 et 2013 et analysant l’expérience de vie et de maladie des personnes atteintes du VIH. Elles s’appuient plus particulièrement sur des récits de vie recueillis auprès de 28 hommes et femmes vivant avec l’infection. En m’inspirant de l’approche théorique d’Arthur Kleinman qui envisage la stigmatisation comme un enjeu moral dans lequel une condition stigmatisée menace ce qui est fondamentalement en jeu pour les acteurs sociaux dans un monde local, je montre que le VIH constitue, pour la plupart des Fidjiens, un symbole des multiples menaces (sexualité hors mariage, sexualité entre personnes de même sexe, etc.) qui guettent aujourd’hui, selon eux, les institutions religieuses et coutumières de la famille et du mariage. Les attitudes stigmatisantes dont ils font preuve à l’égard des personnes séropositives – et au premier chef les commérages – peuvent donc être envisagées comme des tentatives pour préserver ces institutions qui sont au fondement de l’ordre social fidjien. Pour les personnes atteintes du VIH, l’infection met en péril ce à quoi elles attachent le plus d’importance, soit être considérées comme des personnes de valeur aux yeux de leur famille, de leur lignage, de leur clan et de leur village et maintenir des relations appropriées et non tendues avec eux. La honte constitue dès lors l’émotion dominante sous-tendant l’expérience de la majorité des personnes atteintes. Une dimension importante du travail de gestion du VIH par les personnes séropositives, comme je le soutiens dans cette thèse, consiste ainsi à négocier la stigmatisation et la honte pour elles-mêmes et à tenter d’en éviter l’extension ou d’en minimiser les effets pour leurs proches. Pour ce faire, elles mettent en œuvre différentes stratégies, notamment celles qui visent à conserver leur condition secrète, à se distancier de l’image d’immoralité associée au VIH en se convertissant à une Église pentecôtiste ou encore à cultiver un soi « (séro)positif » en adhérant à un groupe de soutien pour personnes séropositives. Je montre toutefois que le niveau de stigmatisation vécu par les personnes atteintes du VIH aux îles Fidji, ainsi que la possibilité qu’elles ont d’y répondre, ne sont pas les mêmes pour tous et qu’ils varient en fonction de trois facteurs principaux : la moralité, le genre et le niveau socioéconomique.

Jury

  • M. Laurent Dousset (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Christine Jourdan (Co-Directrice), Université de Concordia
  • M. Niko Besnier, University of Amsterdam
  • Mme Pascale Bonnemère, CNRS
  • Mme Leslie Butt, University of Victoria
  • M. Geoffrey White, University of Hawai’i, Manoa

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 8 décembre 2020 - 15:00
Lieu(x)
  • Visioconférence Afin d'affecter le moins possible la qualité de la visioconférence nous sommes contraints de limiter l'accès au public. Les personnes souhaitant assister à la soutenance devront se rapprocher du candidat