Soutenance de thèse

Technological Change, Skill Shortages and Migration Policy

Résumé

Cette thèse étudie comment le changement technologique façonne les compétences nécessaires à l'économie et décrit son effet sur les conditions d'emploi de différents types de travailleurs. Dans un deuxième temps, elle estime le coût des pénuries de compétences générées par les nouvelles technologies pour les entreprises, et évalue si l'immigration qualifiée peut être une solution viable pour alléger ces contraintes. L'analyse se base sur des données françaises et permet donc de comprendre comment ces phénomènes se produisent dans le contexte de l'Europe continentale. Le Chapitre 1 évalue comment la diffusion d'une nouvelle technologie polyvalente - l'Internet à haut débit - a impacté la structure organisationnelle des entreprises et leur propension à sous-traiter localement certaines activités secondaires. En exploitant des variations plausiblement exogènes dans le calendrier de diffusion de l'Internet à haut débit dans les villes françaises, l'étude montre qu'une fois que les entreprises y ont accès, elles deviennent plus productives, elles augmentent leur part de main-d'œuvre qualifiée et elles sont de plus en plus susceptibles de sous-traiter certaines activités à des prestataires de services. Par conséquent, les travailleurs dans différentes professions sont de plus en plus cloisonnés dans des établissements qui n'engagent que leur type. Enfin, s'il semble que les travailleurs qualifiés tels que les informaticiens et les consultants ont tendance à connaître des gains salariaux lorsqu'ils passent au secteur des services spécialisés, les travailleurs peu qualifiés tels que les nettoyeurs ou les agents de sécurité ont tendance à voir leur rémunération diminuer. Cela suggère que, par ce mécanisme, l'internet à haut débit a contribué à creuser le niveau d'inégalité existant sur le marché du travail.  Le Chapitre 2 se concentre sur une politique d'immigration sélective mise en œuvre en France pour atténuer l'ampleur des pénuries de compétences dans une liste de professions techniques. Il pose la question de savoir si la réforme a permis d'augmenter l'emploi global dans les emplois ciblés, et évalue si elle a créé une concurrence supplémentaire pour les travailleurs autochtones employés dans les mêmes professions. Pour identifier l'effet causal de la politique, elle compare l'évolution des conditions de travail dans les professions de la liste avec un second groupe de professions avec des caractéristiques similaires mais où l'accès à la main-d'œuvre étrangère est resté beaucoup plus limité. L'analyse révèle que la réforme a été efficace pour accroître l'accès des entreprises aux compétences techniques, alors qu'elle a généré une légère pression négative sur les salaires dans ces emplois. Toutefois, la baisse de salaire est plus de trois fois plus importante chez les travailleurs étrangers que chez les autochtones, ce qui montre que ces derniers ont été partiellement protégés de l'augmentation de la concurrence.  Le Chapitre 3 étend l'analyse du Chapitre 2 en examinant comment les entreprises ont réagi à l'augmentation soudaine de la disponibilité des travailleurs qualifiés. Il compare des entreprises situées dans des marchés différemment exposés à la politique et montre que l'accès accru à la main-d'œuvre technique a aidé ces dernières à se développer plus rapidement et les a poussées à embaucher davantage de main-d'œuvre locale dans des emplois complémentaires. Cela révèle que les pénuries de compétences étaient source des goulots d'étranglement coûteux pour l’économie et que l’immigration qualifiée peut être considérée comme un outil efficace pour atténuer ce problème. Néanmoins, le niveau global de productivité n'a pas augmenté, et les avantages globaux au niveau des secteurs et des zones d’emploi semblent de courte durée car, en aidant certaines entreprises vulnérables à rester dans le marché, la politique a indirectement augmenté les barrières à l'entrée et diminué le taux de création de nouvelles entreprises.

Jury

  • M. Eric Maurin (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Luc Behaghel, INRAE
  • Mme Eve Caroli, Université Paris Dauphine
  • Mme Alexandra Spitz-Oener, Humboldt-Universität zu Berlin
  • M. Arne Uhlendorff, CNRS

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 14 octobre 2021 - 15:00
Lieu(x)
  • Visioconférence Afin d'affecter le moins possible la qualité de la visioconférence nous sommes contraints de limiter l'accès au public. Les personnes souhaitant assister à la soutenance devront se rapprocher du candidat.