Soutenance de thèse

Six regards sur la master-classe de piano : phénoménologie et sémiotique de la rencontre musicale

Résumé

Notre thèse propose de nouvelles voies pour saisir la dimension d’affect de l’expérience musicale, que la sémiotique comme la musicologie traditionnelle prennent peu – ou bien mal – en compte. En nous inspirant d’une pensée modélisante de facture dynamiciste, telle que développée à partir des années 1960 et depuis influente dans les disciplines sémiolinguistiques, nous cherchons à accompagner le mouvement des sémiogenèses au sein d’une master-classe de piano. Le terme de sémiogenèse, ici, est pris dans un sens large, embrassant tout déploiement de formes, qu’elles soient vagues ou articulées, diffuses ou bien cernées :  formes tendues entre expressivité et normativité, et formes valorisées parce qu’appelant à participer à une ligne de vie qui par elles vient à exister. La master-classe est un cours donné par un grand maître à des élèves accomplis, qui témoignent ainsi véritablement de leur propre vie, de leur sentir éthique, à travers la recherche d’une autre praxis musicale.   Ces dernières années, le champ de la master-classe a commencé de retenir l’attention de la communauté scientifique, notamment dans des domaines liés à l’enseignement et à l’expérience musicale, tels que la psychologie, l’esthétique et l’épistémologie (ou encore la sociologie). Pourtant il nous semble regrettable que la plupart des problématiques adoptées dans ces cadres n’intègrent rien ou si peu encore des métamorphoses de la sensibilité et du jeu du sentiment musical dans la caractérisation de leurs objets.   Or le champ de la master-classe nous paraît particulièrement intéressant en ce que l’horizon d’affect y est prééminent dans toute l’activité sémiotique qui s’y noue. Nous avons ainsi assisté à plusieurs master-classes et suivi de près la praxis des musiciens (participations aux cours, enregistrements, entretiens, conversations …) dans l’esprit de rendre toute sa profondeur génétique à l’activité sémiotique, en l’abordant sous la perspective d’une rencontre et d’une orientation des sensibilités musicales. Une des tâches que nous nous sommes donc assignées dans la description de cette praxis musicale particulière consiste à comprendre les phénomènes sonores, langagiers et gestuels attenants comme les conditions sémiogénétiques de la constitution d’un sens musical. Il s’agit d’une méthode fondamentalement descriptive, en mode philosophique (Shaftesbury, Kierkegaard, Wittgenstein, Merleau-Ponty) et sémiotique (Peirce, Saussure), qui rejoint la préoccupation sémiotique dès les premiers niveaux d’une microgenèse, et en la reprenant d’emblée au sein d’une phénoménologie herméneutique et existentielle.   Cette problématique perceptive et sémiogénétique de la sensibilité musicale nous met notamment en mesure de retravailler la notion de motif musical, à la fois comme motif-de-praxis et comme motif-existentiel. Nous avons ainsi tenté de tirer au clair une certaine écoute du jeu musical en y retrouvant comme un passage constant entre une perception d’emblée éthique, et la recherche aussi, à travers le jeu et ses motifs, de personnalités musicales qui s’y trouvent engagées. De telles notions de motif et de personnalité nous ont paru opportunes dans la mesure où elles permettent justement de proposer une certaine éthique du sentiment musical, sans le réduire à un savoir-faire, à une psychologie ou à l’exécution d’un rituel. Nous sommes ainsi parvenus à réinterroger toute notion de ‘signe’ musical en sollicitant l’horizon ‘motival’ de cette ‘activité symbolique’, comprise, dans la nature formelle et sensible des pratiques, comme une participation (un désir et un engagement de participer) à un certain régime de l’existence humaine. Par là on fraye la voie à une nouvelle conception de la praxis musicale, qui relie esthétique et éthique. La thèse développe ainsi cette problématique en posant sur elle six Regards successifs : Master-classe de piano ; Sentir, savoir, faire ; Champ et forme ; Motif et forme ; Liges de vie ; Enchantement.

Jury

  • M. Yves-Marie Visetti (Directeur de thèse), CNRS
  • M. Gian Maria Tore (Directeur de thèse), Université du Luxembourg
  • Mme Marion Cola-Blaise, Université du Luxembourg
  • M. Michel De Fornel, EHESS
  • Mme Sandra Laugier, Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne
  • M. David Piotrowski, CNRS
  • M. Jean Vion-Dury, Aix-Marseille Université

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 14 novembre 2019 - 12:00
Lieu(x)
  • Campus Belval, Maison des Sciences Humaines (Room Salle du décanat), 11 Porte des Sciences, L-4366 Esch-sur-Alzette (Luxembourg)