Soutenance de thèse

Des musiques du monde à Royaumont. Fabrication de la diversité et programmation de rencontres dans une institution culturelle

Résumé

Cette recherche se concentre sur les acteurs culturels qui, en promouvant la rencontre des cultures à travers la musique, portent le message politique induit par une valorisation de la diversité culturelle. J’analyse cette mobilisation particulière de musiques à travers le cas du programme des musiques transculturelles de la fondation Royaumont dans le Val-d’Oise. Mis en place en 2000 et piloté jusqu'en 2016 par Frédéric Deval, directeur artistique, ce programme « conçoit et met en oeuvre des créations qui croisent des cultures et des langages musicaux ». Son refus des catégories « musiques du monde » et world music, n’empêche pas Deval de faire se rencontrer des musiciens du monde entier dans cette abbaye cistercienne pour, non seulement élaborer des créations « transculturelles », mais également inviter des artistes à inventer des « communautés imaginaires » afin de contrer la violence du monde contemporain. L’analyse ethnographique enrichie par une prise en compte de contextes historiques, géographiques, sociaux et culturels plus larges, révèle les mondes (représentations, réseaux d’acteurs, institutions…) sur lesquels une programmation musicale s'appuie et les mondes qu’elle construit en retour. L’émergence d’un monde professionnel qui valorise l’altérité par la musique en France, l’évolution d’une programmation sur la durée, le développement et le fonctionnement d’une institution culturelle, les interactions entre un artiste et une institution et enfin le travail des artistes en résidence de création constituent autant de facettes du cas permettant de comprendre comment se fabrique une programmation musicale. Les interactions multiples entre programmateurs et artistes mais aussi mécènes, politiques, administrateurs et divers salariés d’une institution culturelle marquent l’aspect collectif de la création et de la programmation musicale. Les espaces de communication dans lesquels les appellations « musiques du monde » ou « musiques transculturelles » constituent alors des enjeux de positionnement et de catégorisation. Dans le même temps, l’analyse de l’institution montre d’autres espaces institutionnels moins visibles, faits de négociations constantes et d’ajustements divers, qui sont essentiels pour l’existence de ces discours et de ces musiques. Cette analyse de cas montre que la fabrication de musiques ne peut être pensée, étudiée et analysée sans tenir compte des institutions qui les font exister et des acteurs qui, eux, font exister cette institution tout en s’en servant comme une ressource d’action. Le message politique d’un programmateur de musique transparaît alors à la fois comme une démarche stratégique et comme un moteur de créativité, mais révèle également des modalités d’action qui dépassent le seul cadre de l’engagement artistique.

Jury

  • M. Denis Laborde (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Jean-Michel Beaudet, Université Paris Nanterre
  • Mme Anne Damon-Guillot, Université Jean Monnet Saint-Etienne
  • M. Julio Mendivil, Université de Vienne (Autriche)
  • Mme Monika Sazlbrunn, Université de Lausanne
  • M. Michael Werner, EHESS

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 28 janvier 2020 - 13:30
Lieu(x)
  • Bibliothèque (rez-de-chaussée), 10 rue Monsieur Le Prince 75006