Soutenance de thèse

L'engendrement avec tiers donneur. Genre, bioéthique et pratiques transfrontières (France, Belgique)

Résumé

Le recours à l’assistance médicale à la procréation (AMP) avec tiers donneur est régi en France par les lois dites « de bioéthique » depuis 1994, qui balisent l’organisation des dons de gamètes et d’embryons en les réservant aux seuls couples hétérosexuels en âge de procréer. En raison des restrictions d’accès que pose ce cadre, et des difficultés à trouver un nombre suffisant de donneurs et donneuses pour répondre aux besoins croissants, de nombreuses personnes se tournent vers l’étranger pour bénéficier d’un don de sperme, d’ovocytes, d’embryon ou de gestation. Pour les Françaises et les Français, la Belgique représente le premier pays de destination pour le recours à une AMP transfrontières.  Appréhendés dans leur globalité, les dons de gamètes et d’embryon mais aussi les dons de gestation (la gestation pour autrui) sont autant des pratiques médicales que des pratiques de parenté en tant qu’ils créent une nouvelle forme familiale : la famille issue de don.  Cette thèse vise à décrire la pratique de l’engendrement avec tiers donneur, à la fois du point de vue des parents d’intention qui sont engagés dans des parcours d’AMP avec tiers donneur, et du point de vue des praticiens qui accompagnent la construction de cette parenté par le don. Pour cela une double enquête a été réalisée. Premièrement une enquête par entretiens a été menée auprès de parents d’intention ayant eu recours à une AMP avec tiers donneur, qui s’articule en trois volets ; ils permettent chacun d’éclairer respectivement le don d’ovocytes, le don de sperme à des couples de femmes, le don de gestation à des couples d’hommes, des hommes seuls ou des couples de sexe opposé. Deuxièmement une enquête ethnographique de deux ans dans un centre de procréation médicalement assistée en Belgique accueillant des ressortissants français a permis de rendre compte d’une pratique médicale d’engendrement avec tiers donneur.   Dans un contexte où l’engendrement avec tiers donneur est dans une situation d’ « institution incomplète » en France comme en Belgique chacune à des titres différents, cette recherche permet d’éclairer le changement social en train de se faire à travers la question de l’institution de normes émergentes de cette nouvelle manière de faire une famille. Les résultats de l’enquête mettent en exergue le caractère processuel de l’acquisition des places de chaque protagoniste – parents d’intention, donneurs, enfant issu du don – pendant le temps de l’engendrement, qui s’étend depuis l’élaboration du projet parental jusqu’à l’après naissance ; ils rendent comptent de la façon dont des professionnels du soin accompagnent cet engendrement avec tiers donneur à travers un travail relationnel qui prend en compte l’ensemble des dimensions de l’engendrement, de sa composante biologique à la parenté, en passant par la filiation. Enfin ces pratiques médicales et de parenté doivent être replacées dans le contexte global des transformations de l’institution de la famille, ouvrant ainsi à un éclairage, par les sciences sociales, des débats bioéthiques les plus contemporains.

Jury

  • Mme Irène Théry (Directrice de thèse), EHESS
  • Mme Laurence Hérault, Aix-Marseille Université
  • Mme Liora Israël, EHESS
  • Mme Séverine Mathieu, EPHE
  • Mme Rayna Rapp, New York University
  • Mme Virginie Rozée, INED

Informations pratiques

Date(s)
  • Vendredi 11 décembre 2020 - 14:00
Lieu(x)
  • Visioconférence Afin d'affecter le moins possible la qualité de la visioconférence nous sommes contraints de limiter l'accès au public. Les personnes souhaitant assister à la soutenance devront se rapprocher du candidat.