Soutenance de thèse

Corps et Politique dans la Chine Contemporaine. Sociologie de la souffrance parmi les anciens jeunes instruits envoyés dans les fermes militaires pendant la Révolution culturelle

Résumé

Dans cette thèse, nous sélectionnons les jeunes instruits (zhiqing) qui ont été envoyés dans des fermes militaires (Bingtuan) pendant la Révolution Culturelle en tant qu’objet de recherche. En analysant leur histoire orale, nous examinons les difficultés et les traumatismes qu’ils ont rencontrés dans leur parcours de vie sous l’angle de la sociologie du corps et de l’anthropologie médicale, afin de trouver les racines sociales et politiques de la souffrance subie par cette « génération perdue ». Premièrement, à l’aide de recherches d’histoire orale et de l’approche de parcours de vie, nous présentons de manière exhaustive les diverses souffrances vécues par différents groupes de zhiqing. Concernant le genre de souffrance, nous explorons à la fois leurs douleurs corporelles et leurs traumatismes mentaux. En termes de nature diachronique de la souffrance, nous abordons les blessures survenues dans le passé et les traumatismes psychologiques ou physiques qui ont eu des effets durables au fil des ans. Deuxièmement, dans le cadre théorique de la sociologie de la valeur, nous analysons la crise des valeurs, la privation et la reconstruction des valeurs vécues par la génération des zhiqing. Nous soulignons que dans le processus de changement social, la privation de valeur multiple subie par les zhiqing était la racine sociale de leur sentiment d’être « perdus ». De plus, les récits collectifs des zhiqing sur leur douleur corporelle reflètent en fait leur espoir que leurs sacrifices seront reconnus par la société et les autorités. Troisièmement, du point de vue historique, nous expliquons les concepts particuliers de politique corporelle qui ont été inculqués à la génération des zhiqing, en tant qu’« hommes nouveaux maoïstes ». Nous examinons la nationalisation, la révolutionnarisation et la collectivisation du corps chinois dans le contexte social du salut national depuis la fin de la dynastie Qing. Nous proposons que la radicalisation des « hommes nouveaux maoïstes » n’est pas le fruit de la contingence, mais de profondes raisons historiques, sociales et politiques. Enfin, nous explorons la possibilité de sauver la vérité historique d’une amnésie structurelle. Notre ambition est d’écrire l’histoire de l’ère maoïste dans un contexte historique et social plus large, et d’intégrer la souffrance des Chinois pendant cette époque à la souffrance humaine universelle, afin que des tragédies similaires ne se reproduisent jamais.

Jury

  • M. Michel Bonnin (Directrice de thèse), EHESS
  • M. Jean-Philippe Béja, CNRS
  • Mme Chloé Froissart, INALCO
  • Mme Florence Graezer Bideau, Institute for Area and Global Studies (IAGS)
  • Mme Isabelle Thireau, EHESS
  • M. Sebastien Veg, EHESS

Informations pratiques

Date(s)
  • Vendredi 11 décembre 2020 - 14:00
Lieu(x)
  • Visioconférence Afin d'affecter le moins possible la qualité de la visioconférence nous sommes contraints de limiter l'accès au public. Les personnes souhaitant assister à la soutenance devront se rapprocher du candidat.