Lectures estivales des Carnets de l'EHESS

Fidèle à sa vocation d’éclairer le débat public grâce à la mobilisation des sciences sociales, l’École a lancé, au cours de la dernière année, deux Carnets de l'EHESS sur des thèmes d’actualité : Perspectives sur le coronavirus et Perspectives sur l'après-George Floyd. Depuis leur mise en ligne, 77 billets ont été publiés et 93 chercheuses et chercheurs appartenant à des générations différentes et opérant dans plusieurs dizaines d’universités et centres de recherche nationaux et internationaux ont été mobilisés, afin d’offrir un regard inédit et décentré sur la période historique que nous vivons.
Au rythme des confinements successifs et de l’évolution de la situation politique aux États-Unis entre 2020 et 2021, il est temps de prendre du recul sur quelques grandes thématiques, au moyen de lectures qui pourrons vous accompagner cet été.

 

Perspectives sur le coronavirus

Les jeunes générations face à la pandémie 

Camille Peugny propose une réflexion collective sur la manière d'aider les différentes fractions de la jeunesse à surmonter cette crise et revient sur les bases d’une politique publique véritablement capable de propulser l’autonomie des jeunes.

 

Yohann Aucante et Maria Hellerstedt nous montrent qu’en Suède, la crise sanitaire a été gérée autrement qu’en France, en particulier en ce qui concerne l’éducation nationale. Les écoles sont restées ouvertes avec des rares exceptions, et des mesures de prudence et des adaptations ont été mises en place. Une expérience – notent les deux chercheurs – qu’il faudrait mieux observer et analyser.

 

Isabelle Audigé revient sur l’impact de la pandémie sur les enfants : aussi bien sur ceux hospitalisés, dont la prise en charge a été très limitée suite à la concentration des actions sanitaires sur les patients atteints de la Covid-19, que sur les enfants en foyer ou en situation de handicap qui, renfermés, ont été « les premières victimes du confinement ».

 

L'avenir du télétravail 

Cyprien Batut met en lumière la transformation des politiques de recrutement de la part de certaines entreprises : une politique caractérisée par l’émergence de nouvelles pratiques, liées à la diffusion de formes inédites de volontariat, mais aussi au bouleversement de l’équilibre traditionnel entre travail présentiel et télétravail, et à l’explosion des inégalités entre travailleuses et travailleurs des différents secteurs.

 

A ce billet a répondu celui de Marianne Le Gagneur, qui a analysé la nature consensuelle du télétravail, en tant qu’arrangement entre employé et entreprise. Pour certains le télétravail permet un confort et des facilitations d’organisation temporelles, pour d’autres, au contraire, implique le risque du dépassement systématique des frontières entre le monde professionnel et la vie privée.

 

L'écologie

La consommation mondiale de matières premières n’a de cesse d’augmenter ces dernières années. On constate également que ni les crises financières, ni les guerres, ni d’ailleurs les épidémies n’ont infléchi la dynamique fondamentalement accumulative de l’histoire matérielle du monde.

Jean-Baptiste Fressoz invite à agir réellement et à arrêter avec l’écologisme « festif » et « consensuel » qui caractérise notre époque.

 

François Jarrige et Thomas Le Roux mettent en perspective la crise de la Covid-19 comme une leçon à tirer pour envisager à l’avenir d’autres mesures drastiques pour affronter un autre danger de santé publique, plus silencieux que la pandémie mais pas moins insidieux : la pollution.

 

Prendre soin des autres et de soi

Bénédicte Zimmermann pose la question suivante : que signifie « prendre soin » dans le domaine du travail ? Elle propose de rouvrir le chantier de la participation des salarié·e·s dans l’entreprise afin qu’elles/ils deviennent actrices et acteurs des prises de décision, en vue de la réorganisation de la société de demain.

Face à l’« injonction à la lecture » prononcée  par le Président de la République lors du premier confinement, en mars 2020, Emmanuel Pedler se demande comment donner le goût d’explorer les mondes de l’écriture à celles et ceux qui n’ont pas l’habitude de les fréquenter.

 

Gouverner en pleine crise dans le monde

En observant l’actualité d’Afrique de l’Ouest, Yannick Jaffré met en avant l’« usage politique de la maladie » qui y est fait. Certains dirigeants on mis en scène leur intimité familiale pour montrer les gestes barrières ; d’autres ont témoigné de la précarité des soins dans leur pays. Bien sûr, les clivages sociaux n’ont pas disparu face à cette prise de position du pouvoir mais « les propos tenus et cette subjectivation de l’épreuve épidémique incitent à une réflexivité transformant l’épreuve individuelle en critique collective ».

 

Patricia Thane souligne l’impact politique sur la crise sanitaire au Royaume-Uni. Face à un pouvoir central qui a bien plus de poid politique que les collectivités locales, il a manqué – dit-elle – des mesures politiques cohérentes : les gouvernements décentralisés ont donc décidé de prendre leurs propres décisions, ce qui semble annoncer un processus d’« éclatement du Royaume-Uni ».

 

En Russie, « la pandémie [a] cré[é] de nouvelles opportunités pour Big Brother » selon Françoise Daucé, qui note que la mise en place d’un confinement strict et de restrictions de déplacement s’est accompagné d’un usage croissant des outils numériques pour surveiller et organiser la population.

 

Luc Foisneau se pose la question : à quoi sert l’autorité de l’Etat en temps de crise sanitaire ? L’auteur, en revenant sur le Léviathan de Hobbes, se demande « comment faire valoir notre droit à une vie heureuse lorsqu’autrui se présente à nous comme une menace épidémiologique, réelle ou imaginaire ». A son avis, la raison pour laquelle nous avons accepté toutes les restrictions émises par le gouvernement, c’est « que ces contraintes nous sont imposées au nom d’un droit fondamental à la vie ».

 

Perspectives sur l'après-George Floyd

Culture et racisme

Nicolas Barreyre questionne la place de l’historien face à la démolition des statues : « Dans ces conditions, que faire de ces statues ? Les démonter ? Les laisser en place en les contextualisant par d’autres marqueurs (plaques, monuments conjoints…) ? Les laisser en l’état ? À ces questions-là, l’historien ne peut répondre – c’est aux citoyens de s’emparer du débat, car il est politique. »

 

Manuel Bocquier met en lumière la participation de la country music dans la racialisation des pratiques musicales et dans la ségrégation raciale qui caractérisent le domaine culturel étatsunien : des facteurs dont les effets sont aujourd’hui mis en cause. Selon lui, l’« Histoire permet alors de montrer que l’assignation raciale de la country music n’est pas donnée, mais qu’elle est le résultat d’un travail commercial, idéologique et politique ».

 

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